Lieux et ateliers

De Chicago à New York en passant par Paris et la campagne française, les lieux où Mitchell a vécu et l'apport sensoriel de son environnement proche ont activement nourri son travail. Nous avons compilé un aperçu des lieux qui ont été les plus importants dans la vie de Mitchell, ainsi que des photos d'archives de ses ateliers à New York et en France.

Une photo en noir et blanc d'une jeune femme de ¾ profil, avec un paysage de lac et de rivage en arrière-plan.
Joan Mitchell dans la maison de la famille Mitchell à Chicago, vers 1946. Photographie réalisée par Barney Rosset, Joan Mitchell Foundation Archives, © Joan Mitchell Foundation.

Chicago


Joan Mitchell est née à Chicago et a grandi à deux pâtés de maisons du lac Michigan, qu’elle pouvait voir depuis l’appartement familial. Elle a observé le lac de près pendant toute son enfance, et déclarera plus tard : "Ce lac semblait vaste. Non, infini. Morne [...] Parfois, il était très bleu. Il a beaucoup de qualités. Il est changeant, vivant."

La sensibilité exacerbée de Mitchell au monde naturel et sa perspicacité visuelle affûtée, toutes deux déterminantes de son travail, remontent à son enfance à Chicago. Plus tard, elle fera souvent référence à l'importance du lac : "Mes peintures répètent un sentiment à propos du lac Michigan, ou de l'eau, ou des champs... C'est plus comme un poème, et c'est ce que je veux peindre."

The Lake, 1981, abstract painting by artist Joan Mitchell
Joan Mitchell, The Lake, 1981. Huile sur toile, 51 x 153 pouces (129,5 x 388,6 cm). Private Collection. © Estate of Joan Mitchell.
Joan Mitchell, Untitled, circa 1946. Huile sur toile, 40 x 29 3/4 pouces (101,6 x 75,565 cm). Collection de Joan Mitchell Foundation. © Estate of Joan Mitchell.

Mitchell a grandi dans une famille qui avait soif de culture. Sa mère était poète et rédactrice, et son père artiste amateur. Enfant, Mitchell se rendait fréquemment à l'Art Institute of Chicago et au Field Museum avec son père, où ils dessinaient et peignaient des aquarelles. Elle est plus tard sortie diplômée en beaux-arts de School of the Art Institute. Bien que Mitchell ait déménagé à New York après avoir terminé ses études, elle donnera à plusieurs de ses œuvres des titres faisant référence à sa ville natale, et soulignera fréquemment son influence sur sa sensibilité et son travail. Son amour de la poésie et de la peinture française du XIXe siècle, qui est ne lors de ses visites de l'Art Institute of Chicago, n’a cessé d’etre une passion inébranlable tout au long de sa vie.

Une femme blanche et un homme d'une vingtaine d'années sont assis au bord de l'East River, sous le pont de Brooklyn
Joan Mitchell et Barney Rosset à Brooklyn, New York, 1947. Joan Mitchell Foundation Archives.

New York


Après avoir brièvement vécu et peint à Brooklyn en 1947-1948, puis passé plus d'un an à Paris et au Lavandou, Mitchell revient à New York à la fin de l'année 1949 et s'établit au sein de la communauté Downtown, développant des amitiés étroites avec des peintres et des poètes. Elle occupe plusieurs appartements et ateliers à Greenwich Village avant de s'installer au 60 St. Marks Place en 1952. Elle vivra dans cet studio-atelier, situé au troisieme jusqu'à son déménagement définitif à Paris en 1959, et elle en conservera le bail jusque dans les années 1980.

Une peinture abstraite presque carrée avec des coups de pinceau tranchants principalement en ocre, bleu et rouge profond sur un fond blanc grisâtre.
Joan Mitchell, George Went Swimming at Barnes Hole, but It Got Too Cold, 1957. Huile sur toile, 85 1/2 x 78 5/8 pouces (217,2 x 199,7 cm). Collection du Buffalo AKG Art Museum, Buffalo, New York. © Estate of Joan Mitchell.
Une femme aux cheveux noirs peint des marques abstraites de taillade sur une grande toile épinglée au mur. Un tabouret à droite tient une palette, et la lumière coule d'une haute fenêtre.
Joan Mitchell dans son studio au 60 St. Marks Place, 1957. Photo prise par Joan Mitchell et Rudy Burckhardt.

C’était un espace simple – une grande pièce divisée en deux zones – organisé autour de sa pratique de la peinture. Les fenêtres étaient orientées vers le nord et elle peignait souvent sur de grandes toiles non tendues agrafées au mur. Ayant une vie sociale et professionnelle active, elle tenait à l'intimité de cet atelier et fera plus tard le commentaire suivant: "St. Marks est toujours resté un endroit que personne n'envahissait, à l'exception de George, mon caniche. Personne ne s’y est jamais imposé. C'est toujours quelque chose qui a une importance énorme pour moi."

La première exposition individuelle de Mitchell à New York a eu lieu à la New Gallery en 1952. Peu après, elle a été représentée par la Stable Gallery, où ses œuvres ont été présentées dans des expositions individuelles et collectives jusqu'en 1965. Mitchell a conservé une représentation à New York tout au long de sa carrière (expositions à la Martha Jackson Gallery, à la Xavier Fourcade Gallery et à la Robert Miller Gallery), et y est revenue régulièrement depuis la France à l’occasion d’expositions ou pour rendre visite à ses amis.

Une rue parisienne étroite avec des immeubles de 4 étages
Joan Mitchell à la fenêtre de son studio de l'appartement du 73 rue Galande à Paris, 1948. Photo prise par Barney Rosset. Joan Mitchell Foundation Archives, © Joan Mitchell Foundation.

Paris


Le premier séjour de Mitchell à Paris, en 1948, a été financé par une bourse de voyage de la School of the Art Institute of Chicago. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle trouve la ville dévastée, mais elle parvient à louer un studio (avec une plomberie et une électricité rudimentaires) rue Galande, dans le cinquième arrondissement. Elle écrit à son petit ami de l'époque, Barney Rosset : "J'ai un atelier – [...] de ma fenêtre, je peux voir Notre Dame – [...] Il a deux énormes fenêtres – lumière du nord – murs blancs, blancs." Le séjour de Mitchell dans cet appartement, bien que productif, fut bref. Le froid humide de l'hiver la rendant malade, elle quitte Paris pour le sud de la France à la fin de l'année 1948.

Mitchell retourne à Paris en 1955 et vit entre Paris et New York jusqu'en 1959. Pendant cette période, elle vit et peint dans huit ateliers parisiens temporaires différents, ce qui représente un véritable défi logistique et pèse lourdement sur son travail.

The Bridge, 1956, abstract painting by artist Joan Mitchell
Joan Mitchell, The Bridge, 1956. Huile sur toile, 45 3/4 x 70 3/8 pouces (116,2 x 178,8 cm). Private Collection. © Estate of Joan Mitchell.
Une femme aux cheveux noirs marche à grandes enjambées sur le plancher en bois d'un studio. De grandes toiles sont empilées face au mur, et à droite se trouvent une fenêtre et des projecteurs fixés au plafond.
Joan Mitchell dans son atelier de la rue Frémicourt, Paris, 1963. Photo prise par Heidi Meister, Joan Mitchell Foundation Archives, © Heidi Meister.

À la fin de 1959, Mitchell s'installe définitivement à Paris avec Jean Paul Riopelle dans un appartement-atelier rénové au 10 rue Frémicourt, dans le quinzième arrondissement. Elle travaille dans cet espace – qu'elle décrit comme "la chose la plus proche d'un loft qui existe à Paris" – jusqu'à son déménagement en 1968 dans le village de Vétheuil, au nord-ouest de Paris.

L'atelier de la rue Frémicourt était spacieux et ouvert, ce qui lui permet de travailler sur plusieurs toiles simultanément, et un mur mobile augmente les surfaces de travail disponibles. Dans cet atelier, elle travaille sur des toiles de plus en plus grandes (certaines atteignant trois mètres de haut) et expérimente de nouvelles méthodes d'application de la peinture. Au fil du temps, le manque d'intimité dans cet atelier à domicile s'avère un défi pour Mitchell ; la séparation des espaces qu'elle trouve lorsqu'elle emménage à la campagne sera un changement bienvenu.

Dans les années 1980, Mitchell loue un atelier rue Campagne Première, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Cet espace est uniquement utilisé pour créer des œuvres sur papier, son principal médium étant le pastel.

Une pelouse encadrée de buissons et de grands arbres avec un toit de chaume en bas de la colline, la Seine visible au loin
La Tour, la propriété de Joan Mitchell à Vétheuil, France, 1967. Photographe inconnu, Joan Mitchell Foundation Archives.

Vétheuil


Mitchell acquiiert La Tour, sa maison de Vétheuil, en France, en 1967, et s'y installe définitivement à la fin de l'année 1968, après d'importants travaux de rénovation. Nichée à flanc de colline dans cette petite commune située à environ 70 kilomètres au nord-ouest de Paris, la propriété de Mitchell comprend des jardins luxuriants et des arbres fruitiers, ainsi qu'une structure indépendante (ancien pavillon de jeu) au sommet de la colline, qu'elle a convertie en atelier. La maison offre une vue extraordinaire au sud-est – au-delà du potager – sur une église gothique du XIIe siècle, et sur la Seine, les maisons du village de Lavacourt (juste de l'autre côté du fleuve), les lacs environnants et les champs lointains à l'ouest. Mitchell a décrit ce paysage comme sa "Vue de Delft" – une référence ludique à la célèbre toile de Vermeer.

Quatuor II for Betsy Jolas, 1976, abstract painting by artist Joan Mitchell
Joan Mitchell, Quatuor II for Betsy Jolas, 1976. Huile sur toile, 110 1/2 x 268 3/8 x 1 1/4 pouces (280,7 x 681,7 x 3,2 cm). Collection de Centre Pompidou, Paris, France. © Estate of Joan Mitchell.
Vue d'un studio d'art avec des plafonds à poutres apparentes, de grandes peintures abstraites et du matériel d'art disposé sur le sol.
Le studio de Joan Mitchell, Vétheuil, 1983. Photographie de Robert Freson, Joan Mitchell Foundation Archives, © Joan Mitchell Foundation.

Bien qu'entourées d'un paysage à couper le souffle, les fenêtres de cet atelier, orientées vers l'ouest, étaient recouvertes de toile de jute, et Mitchell travaillait en grande partie la nuit. Elle choisissait de peindre dans ce qu'elle appelait la "lumière électrique", vérifiant ses peintures à la lumière du jour le lendemain.

Vers la fin de sa vie, Mitchell a eu la réflexion suivante : "La solitude que je trouve dans mon atelier est une solitude de plénitude. Je me suffis à moi-même, je suis pleinement là." Mitchell a travaillé dans son atelier de Vétheuil sans interruption de 1968 jusqu'à sa mort en 1992.

Joan Mitchell se tient debout, les bras croisés et une cigarette au-dessus d'une vue panoramique de la Seine. C'est une femme blanche d'une soixantaine d'années aux cheveux noirs coiffés au carré.
Joan Mitchell à La Tour, Vétheuil, France, 1984. Photo prise par Édouard Boubat. Joan Mitchell Foundation Archives, © Estate of Édouard Boubat.